Le Gouais,« Casanova des Cépages »

Une verticale unique du cépage Gouais  proposée par le Domaine Chanton.

Avec plus de 1000 m d’altitude, ce domaine familial est situé dans la région viticole la plus haute d’Europe, dans la vallée de Visp, en Haut-Valais. Depuis 1944 3 générations se sont succédées au domaine avec pour but de préserver des cépages « presque » oubliés. Ils cultivent ainsi le Himbertsha, le Lafnetsha, le Eyholzer Roter… Et le Gouais !

Le Gouais (appelé Gwäss dans le Haut-Valais) est un très vieux cépage. On peut retracer ses origines jusqu’au Moyen Age. Il aurait été apporté en Europe par les Huns et ce seraient les romains, en l’an 300, qui auraient développé la culture de ce cépage dans toute l’Europe.

Il s’agit d’un cépage très productif, et lorsque cette surproductivité n’est pas maîtrisée par le vigneron ses qualités organoleptiques sont faibles. Le Gouais était connu pour produire un vin destiné aux barbares, aux gueux (potentiellement l’origine de son nom)…

Il est dit que ce cépage tardif était planté autour des parcelles de vignes dites « nobles » pour dissuader les promeneurs de se servir…

Le Gouais trouve une grande importance dans les recherches génétiques. L’ampélographe, José Vouillamoz le surnomme même « le Casanova des cépages » car il est présent dans l’arbre généalogique de pas  moins de 82 cépages différents. Il serait parent du Riesling, du Furmint (Hongrie), du Blaufränkisch (Autriche)…

Et croisé au Pinot (un cépage  considéré comme « noble ») il donne naissance à 20 cépages très connus et importants dans la viticulture actuelle comme l’Aligoté, le Chardonnay, le Gamay, le Melon de Bourgogne…

Aujourd’hui ce cépage a presque disparu de la surface du globe. Il reste quelques ceps de vignes en France voisine de la Suisse et en Allemagne. C’est dans le Haut-Valais que sa production est la plus importante avec 8’655m2 de Gouais, autrement dit une tête d’épingle de poupée !

Et c’est ici 8 millésimes différents de ce cépages méconnu que Joseph-Marie Chanton (deuxième génération de vignerons) nous fait découvrir.

Une chance incroyable et unique pour tout amateurs de vins !

Je vous fais part ici de mes impressions sur les différents vins découverts lors de cet évènement exceptionnel !

Je ne suis d’ordinaire pas fan des descriptifs aromatiques des vins dégustés tant je trouve cela personnel… Mais la rareté de ce type de dégustation me pousse au partage !

Aucun vin n’a suivi d’élevage sous bois. Et leur fermentation alcoolique est spontanée, avec des levures indigènes.

IMG_15642015      Le nez est fruité, sur l’abricot un peu confit et le citron jaune. Il s’agit d’un millésime solaire et ça se ressent. En bouche il présente une trame acidulée. Je retrouve le citron et des arômes pâtissiers, avec une texture un peu crémeuse. Ce vin étonne par sa longueur en bouche.

2004      Le nez est pétrolé et fait penser à un Riesling. A l’aération il se dégage des arômes de pommes séchées et de beurre avec de subtiles notes de sauce soja. En bouche l’acidité est moyenne et les notes oxydatives ressortent en final avec la pomme séchée. En rétro-olfaction on trouve la noisette et le beurre.

IMG_15651996      Le premier nez (sans aération) surprenant par ses arômes de fruits exotiques tel que l’ananas. A l’aération le vin évolue pour offrir une palette aromatique toute autre. En effet l’oxydatif fait son apparition avec la noix, mais aussi des notes salines. Après de multiples aérations le roquefort ressort avec une pointe de poivre. En bouche je suis surprise par la saveur d’umami et une belle salinité accompagnée par un joli fruit blanc, frais. La longueur en bouche et toute aussi surprenante ! Peut être le coup de cœur de cette dégustation !

1994      Le nez que présente ce vin est très différent des autres millésimes goûtés précédemment. Le végétal ressort parmi les arômes de noisette du Piémont dus à l’oxydation. A l’aération on trouve des arômes d’hydrocarbure. Mais les arômes qui viennent dominer le tout sont ceux de champignons de Paris frais et de bonbons anglais. Le millésime 1994 était très difficile à cause de la pluie abondante.

IMG_15661989      Ce millésime chaud nécessite plus d’aération que les autres millésimes. Le premier nez est fermé et plutôt rustique. Je suis sur des arômes de cave d’affinage à fromage. A l’aération on quitte un peu les arômes de croûte de fromage très affiné pour trouver des notes plus délicate de beurre frais, de noix et de caramel brun. En bouche la texture est veloutée. Le beurre et les noix sont bien présents. En final une sensation un peu toastée me rappelle caramel bien cuit.

1988      Les arômes oxydatifs sont dominants sur ce vin avec une belle palette entre la noix et la pomme séchée avec une pointe de safran. A l’aération je trouve des arômes de sauce soja sucrée, d’eau de vie de noix et de curry. A l’aveugle ce vin pourrait se confondre avec un savagnin du Jura. En bouche, je retrouve toujours l’oxydation, toujours positive avec la noix mais aussi le curry jaune rehaussés par une pointe de saline.

IMG_15671987      De très subtiles notes animales se dégagent de ce vin. Il sent le crin de cheval. A l’aération des notes de pain grillé, de pomme fraîche et de plantes aromatiques ressortent. Un délicat bouquet complexe de plantes à tisane comme le tilleul, la menthe, la mélisse… se développe. En bouche l’acidité est plutôt faible. Je ressens une sensation de chaleur d’épices, de poivre gris. Des arômes légers de noix caramélisées se développent en milieu de bouche. Malheureusement la longueur manque à ce vin, victime du temps.

1986      ce dernier vin est encore différent des autres. Le nez est très végétal, avec des notes de thé vert, de chanvre et d’algues vertes. Des arômes complexes d’épices s’exhalent à l’aération mais aussi de fumé fraîche, de toast et de noix. Après plusieurs aérations des subtiles notes de jus de viande se dégagent. Cela me surprend car il s’agit d’un arôme plutôt présent dans les vins doux botrytisés. Cet arôme suit en bouche. Je perçois également la noix et les notes végétales traduite ici par une fraîcheur de menthe poivrée. La longueur en bouche est incroyable pour un vin qui souffle ses trente-et-une bougies !

Découvrez le domaine Chanton : http://www.chanton.ch/

D’autres articles sur les vins du Valais : Domaine de Chèrouche / Valentina Andrei / « Les vignes dans le ciel »

Yanna Delière

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