Domaine de la Romanée-Conti 1940.

Domaine de la Romanée-Conti,
Romanée-Conti,
1940.

Il m’était difficile d’imaginer que j’allais déguster l’un des plus grands vins au monde.

Situé dans le village de Vosne-Romanée le domaine de la Romanée-Conti exploite 25.5 ha de vignes réparties sur 8 appellations Grand Cru. « Romanée-Conti », 1.8 ha de vignes, est la propriété exclusive du domaine éponyme, on parle ici d’un monopole.

En 1131 cette parcelle de terre alors inhospitalière est cédée aux moines du prieuré Saint-Vivant par le Duc de Bourgogne, elle porte alors le nom de « Clos des Cinq journaux » (un journal étant égal à environ 34 ares). Ces derniers la défrichent et y plantent de la vigne. Au fil des siècles le domaine passera de mains en mains parfois racheté, parfois hérité… Son nom changera pour « le Cros des Cloux » puis en 1651 pour « Romané ». C’est en 1760 que le Prince de Conti, propriétaire du domaine, associera son nom au célèbre climat : « La Romanée-Conti » était née. Sa surface quant à elle, restera la même qu’au XIIème siècle.

En 1940 Jacques Chambon et son beau frère Edmond Gaudin de Villaine étaient à la tête du domaine bourguignon, acheté près de 70 ans plus tôt par l’aïeul de Monsieur Chambon, Monsieur Jacques-Marie Duvault-Blochet.

Deux ans plus tard le domaine de la Romanée-Conti sera intégré dans une société civile. Cette année 1942, maque également le rachat de la part de Mr Jacques Chamdon par Mr Henry Leroy.

C’est en 1584 que la parcelle est plantée en pinot noir. A l’époque, l’absence du phylloxéra permet d’utiliser la méthode du provignage.
Durant les 361 ans qui suivront, les rameaux sont enterrés pour reprendre racines et créer de nouveaux pieds. C’est ainsi que le vignoble est renouvelé près de trois siècles durant, et même encore sur ce millésime 1940.

Ce n’est qu’en 1945 que le domaine instaura les portes greffes américains afin de résister au phylloxéra. Le millésime 1940 était donc issu d’un vignoble dit francs de pieds, de plus de trois siècles.

Depuis 1985, le domaine est travaillé en bio. Et depuis 2007 la totalité du vignoble est traité selon les préceptes de la biodynamie, instaurés par Rudolf Steiner.

Lors de mes échanges avec Monsieur Aubert De Villaine (qui n’était âgé que d’un an lors de ces vendanges), j’ai pu obtenir quelques informations sur cette année 1940 :
La plupart des hommes étaient mobilisés ou faits prisonniers. L’équipe restée en Bourgogne a dû fuir le domaine quelques jours devant l’avancée de l’armée allemande, en juin 1940. Ce contexte a rendu le suivi des travaux dans la vigne particulièrement chaotique. En effet, les allemands envahissaient Paris le 10 juin 1940, pendant qu’à la vigne les premières fleurs faisaient leur apparition.

Malgré tout, le 7 octobre 1940 les vendanges ont pu débuter.

Mais les heures les plus noires de la guerre restaient à venir. Près de 20 jours plus tard, le 30 octobre 1940, le Maréchal Pétain appelait la France à la collaboration. Le vin a été vinifié puis élevé dans des conditions de pénurie et d’instabilité extrêmes.
Il n’existe guère plus d’informations sur ce millésime… Mais il est incroyable d’imaginer à quel point, dans ce contexte de guerre, des hommes et des femmes ont dû s’investir pour que perdure le domaine, et que le vin arrive à la bouteille…


C’est une expérience unique dans la vie d’une passionnée de vin, qu’il m’a été donnée de vivre ici…

Préparée à l’avance, je reste incertaine et prise de doutes avant cette extraordinaire dégustation : serai-je à la hauteur de ce vin ? Arriverai-je à en apprécier toute sa finesse et sa complexité ? Et surtout parviendrai-je à retranscrire cette expérience et à la partager ?

Il est extrêmement difficile de trouver les mots pour décrire « La Romanée-Conti 1940 » .

La première approche déclenche en moi un trop plein d’émotions. J’ai des frissons et les larmes me montent aux yeux. Je suis emportée par des sensations étranges à la fois de nostalgie et d’extase, qui me laissent sans voix…

C’est unique et pour le moins déstabilisant !
Je n’ai aucun repère, il me faut quelques minutes pour me permettre de revenir, plus sereinement à la dégustation.

« Il y a un avant et un après Romanée-Conti… C’est une gorgée d’émotions. »

Le nez est extrêmement complexe.
Je ressens des notes un peu animales, que je pourrais rapprocher d’arômes de jus de viande, mais aussi des côtés toastés de caramel brun. A l’aération de discrètes touches de fruits rouges tel que la délicate fraise des bois se retrouvent parsemées sur une trame légèrement mentholée. Puis le vin s’ouvre et laisse entrevoir un véritable bouquet de fleurs légèrement fanées : la rose, la violette, la pivoine…

La bouche est d’une incroyable finesse.
Le vin est délicat, soyeux, suave avec, malgré ses 78 ans, une trame sur la minéralité et une fraîcheur impressionnante. On retrouve les arômes de fruits rouges frais très subtils comme la griotte, la groseille ou la Marat des bois. Puis les arômes tertiaires, plus complexes et animaux, se développent et donnent une profondeur unique à ce nectar. On reconnaît le cuir mais aussi les sous-bois… Enfin on retrouve ces notes toastées de caramel brun présentes au nez.

Les Caudalies ne se comptent plus… Je suis envoûtée.

Ce que je retiendrai avant tout ce sont ces émotions fortes que m’a transmises ce vin hors normes.

Cette expérience gustative et spirituelle restera gravée à vie dans ma mémoire !

Yanna Delière

 

 

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